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Quand les chrétiens du Liban ont-ils commencé à parler français ?

Texte de Nassim Taleb (publication originale), traduit de l’anglais (E-U) par l’auteur du Liban expliqué à mes proches.

L’idée reçue actuelle (donnée par des « experts » en relations internationales) veut que les chrétiens du Liban se seraient mis à parler français à partir de la période de « colonialisme français » — tout comme les habitants du Maghreb. Mais la France n’a gouverné le Liban que durant deux décennies, suite à la défaite des Ottomans pendant la Grande Guerre. Lors de ce « mandat » — qui était une sorte de concession — il n’y avait pas de colons français au Liban, contrairement à la situation du Maghreb.

Aucun de ces « experts » n’a remarqué que la langue française était déjà fortement enracinée dans la bourgeoisie chrétienne du Liban sous l’Empire ottoman.

Prenons le cas du Titanic. Parmi les passagers qui ont péri en 1912 — une décennie avant le « colonialisme » et l’arrivée de l’armée française — figurent les noms libanais suivants : Eugénie Baqlini, Catherine Dawud, Hélène Barbara, Charles Tannous, Marie-Sophie Abrahim.

Dans ma propre famille, parmi ceux nés avant 1920, on compte de vieux prénoms français tels que Marcel, Edouard, Angèle, Laure, Evelyne, Mathilde, Victoire (plus tard transformé en Victoria), Philomène, etc. Ma mère portait le prénom de sa tante Minerve (née en 1905).

Mon grand-père Nassim rédigeait déjà ses lettres en français durant sa jeunesse vers 1910. Il a été éduqué dans cette langue par des frères venus de France, comme cela se faisait dans les familles de la bourgeoisie chrétienne de l’époque ottomane. Mon père, lui, a été scolarisé chez les jésuites et la famille a dû déménager à Beyrouth pour se rapprocher de son école. (Mes ancêtres du côté maternel, Nicholas et Mikhael Ghosn, sont curieusement allés à l’école russe : il semblerait que les grec-orthodoxes des villes se sentaient différents des « ploucs » de l’arrière-pays, ces derniers se considérant davantage byzantins).

Les bourgeois de Beyrouth agissaient en tant que Greco-Romains parce qu’ils étaient convaincus d’être issus de ce monde greco-romains qui a donné naissance à l’Occident. (De part mes recherches avec le généticien Pierre Zalloua, c’est effectivement le cas.) Pour eux, le français était un simple remplacement du latin. (Il existe d’innombrables auteurs de langue grecque au Levant et au moins deux auteurs en latin : Ammianus Marcellinus et Publilius Syrus.) Leur littérature depuis Michel Chiha et Georges Chehadé était en langue française. J’ai compris ceci en creusant plus profondément et en nettoyant toutes les aberrations du récit arabe actuel.

C’est le lobby maronite de Rome qui a réussi à faire venir les Français pour créer un État gréco-romain au Levant, la première République libanaise.

Un peu d’histoire. Le Liban a soi-disant fait partie du monde gréco-romain pendant 1000 ans, jusqu’à l’invasion arabe. Beyrouth était la ville de l’école romaine de droit qui utilisa le latin et non le grec, etc. Mais les Arabes n’ont pas passé beaucoup de temps au Liban. Leur intégration était lente, les villes sont demeurées largement hellénisées. Nous avons eu une période de confusion avec les Fatimides et les Mamelouks… jusqu’à ce que les Ottomans conquièrent la région, et se mettent à agir comme l’Empire romain. (Ils ont pris Byzance et se sont conduits à la manière byzantine, de telle sorte que — pour un temps — le Sultan se considérait comme le successeur de César.) Pendant 500 ans, les Ottomans ont réussi à faire la guerre avec l’Europe tout en concluant des affaires avec ses commerçants, et tout en embauchant ses architectes, etc. Pour saisir cette facette de l’Histoire, il faut comprendre que les Ottomans étaient d’authentiques francophiles ! (En fait greco-romano-phile).

Première vague, 1536 : François Ier roi de France conclus des accords avec Soliman le magnifique en 1536 — ces traités sont connus sous le nom de « capitulations » — créant ainsi ce que l’on a appelé les Echelles du Levant : des enclaves où des marchands chrétiens de France et des États italiens pouvaient conduire leurs affaires commerciales. C’est a partir de ce moment que Tripoli (près d’Amioun), Sidon, Alep, Smyrne et Constantinople eurent chacune leurs concessions françaises ou italiennes. Dès lors, ces villes ont rapidement évolué pour devenir des sortes de Cités-États marchandes. Plus tard, Beyrouth prit la place de Sidon grâce à la majorité chrétienne de sa population (les musulmans s’opposaient aux quarantaines pour une raison théologique). Aucune de ces villes ne se souciait de l’arrière-pays : Alexandrie n’était pas égyptienne, Beyrouth n’était pas plus libanaise et refusa de faire partie de l’État libanais de 1860. Le dialecte beyrouthin contient de nombreux mots italiens ; celui de Tripoli est parsemé de mots français. En règle générale, la lingua franca parlée dans ces villes était basée sur l’italien, le grec et le turc. Mon arrière-arrière-arrière- arrière-grand-père, Taleb Nabbout Medawar (qui a donné le « Taleb » de mon nom de famille, et dont l’haplogroupe J2b dénote une ascendance grecque), entretenait des relations commerciales avec Marseille et ses enfants avaient une entreprise appelée « ATF » (Abraham Taleb Frères) en 1845, utilisant le mot « Frères » à Tripoli, au Liban.

(Note: Quand les Maronites ont soudainement découvert qu’ils étaient catholiques sans savoir, le lien avec la France a progressivement augmenté, en particulier quand elle est devenue leur protectrice en 1635.- traduit par NNT)

Deuxième vague, années 1860 : au XIXe siècle, sous Napoléon III, les Français ont commencé a dominer le secteur de l’éducation au Levant en s’appuyant sur des couvents et des monastères rivaux (alors que l’état français était anticlérical, mais vous devez parler français pour comprendre cette contradiction). Mon grand-père Nassim a étudié à l’école de la Sorbonne (École de Droit de Paris) en 1912 parce que le français était sa langue d’écriture. Ma mère était à l’école des sœurs italiennes qui lui enseignaient l’italien et… le français.

Je me souviens de l’ami de mon père décrivant son éducation jésuite ; un de ses camarades de classe m’a dit une fois : « les jésuites voulaient que les Maronites parlent mieux latin que les Romains, mieux français que les Français et mieux arabe que les Arabes. » Je ne peux pas témoigner pour le latin, mais je peux dire sans trop de risque que dans mon enfance, j’ai vu beaucoup, beaucoup de Maronites se réjouir de corriger des fautes de grammaires à des Français et des erreurs de syntaxe à des Arabes. Mais cette génération appartient au passé.

Voir La formation du Liban moderne par Meir Zamir ; Levant par Philip Mansel.

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Cèdres du Liban

Cèdres du Liban

Les monuments naturels les plus célèbres de l’univers.

Le cèdre est l’arbre du Liban. Son espèce reine — cedrus libani — porte le nom de ce pays.

Le poète Alphonse de Lamartine, qui se rendit en 1832 à la forêt de Bcharré, eut le souffle coupé devant les « monuments naturels les plus célèbres de l’univers. » Cet arbre majestueux au port tabulaire atteint plus de quarante mètres de haut à l’âge adulte, sa circonférence peut dépasser les dix mètres. Pour apprécier sa beauté, il est impératif de lui rendre visite dans son habitat naturel. Dans les réserves naturelles de Tannourine, du Chouf et d’Ehden, on trouve des dizaines de milliers de cèdres évoluants en famille, entourés de leurs compères les chênes, les érables et les genévriers.

Aujourd’hui, seule subsiste une relique de la cédraie tant célébrée du Mont-Liban. Les forêts ne couvrent plus que treize pour cent du territoire libanais dont moins d’un pour cent de forêts de cèdres. Une tendance désastreuse que des initiatives de reboisement telles que la Lebanese Reforestation Initiative et Jouzour Loubnan travaillent à inverser.

C’est ainsi que des centaines de milliers d’arbres ont pu être replantés dans les cinq dernières années, apportant une lueur d’espoir pour les générations futures. En effet, les cèdres du Liban ne manquent pas d’impressionner le visiteur. Certains sont plusieurs fois millénaires justifiant le propos exalté de Lamartine : « ces vieux témoins des âges écoulés, qui savent l’histoire de la terre mieux que l’histoire elle-même. »

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Lama

Lama

Malgré tous ces beaux moments, ma famille est restée ma priorité.

La ville de Baalbek, située au nord-est du Liban, est connue pour ses coutumes particulières. Elle compte parmi ses habitants des clans chiites traçant leurs origines à des tribus arabes qui habitaient la région de Byblos et qui sont venues s’installer dans la Bekaa pour fuir les exactions des Ottomans. La famille de mon père en fait partie.

Ma mère vient d’Aynata, un petit village du sud du Liban près de la frontière palestinienne. Ma grand-mère maternelle, elle, est née il y a soixante-quinze ans dans la ville de Haïfa en Palestine.

Bien que mes parents soient originaires de deux régions éloignées du Liban, ils ont habité toutes leurs vies à Chiah, dans un quartier chiite du Grand Beyrouth.

En dehors de l’interdiction de boire de l’alcool et de manger du porc, ma principale interaction avec ma religion musulmane était durant les fêtes.

En 2013, je suis partie en France pour continuer mes études d’ingénieur. À Paris, ville cosmopolite, j’ai fais de belles rencontres et vécu des expériences très différentes de celles que je connaissais au Liban.

Malgré tous les beaux moments parisiens, ma famille est restée ma priorité. C’est pourquoi je suis rentrée au pays dès que j’ai obtenu mon diplôme.

J’ai senti quand je suis revenue que j’étais différente, ouverte d’esprit et ayant une nouvelle vision du monde.

Au début, j’ai eu du mal à me réadapter. Mais le soutient de ma famille m’a aidé à retrouver mon équilibre social et professionnel. Je travaille en ce moment dans l’une des meilleures entreprises du Liban.

Je me rends chaque année à Paris pour revoir mes amis qui viennent également me rendre visite au Liban. J’ai pris un risque en rentrant, mais après deux ans passés dans le pays, je ne regrette pas ma décision ! Je profite de la richesse de sa culture, de ses fêtes et de sa vie sociale, familiale et même politique.

Lama C.

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Christelle

Christelle

Mes parents ont mis à côté de mon lit l’Évangile et le Coran.

Christelle A., architecte. Je suis Libanaise.

Issus de milieux différents, mes parents ont quitté le Liban durant la guerre et se sont rencontrés en Roumanie, où ils sont partis poursuivre leurs éducations universitaires. Mon père est un dentiste musulman sunnite, de la ville de Bar-Elias dans la Bekaa. Ma mère est une dentiste chrétienne latine d’origine arménienne. Elle a grandi à Hazmiyeh, une des communes du Grand Beyrouth.

Ma sœur Mireille, mon frère Amir et moi avons vécu dans la Bekaa jusqu’à la fin du lycée. Nous avons fait nos études à l’école des Sœurs du Saint Cœur, à Zahlé Rassieh.

A l’école, à l’université et au travail mon nom a toujours confondu les gens : un prénom chrétien associé à un nom de famille musulman. A cause de cela, j’entends parfois des chuchotements et me retrouve à défendre tantôt les chrétiens, tantôt les musulmans parce que je me sens concernée par les deux côtés.

Après tout, j’ai vécu parmi la famille de mes grands-parents paternels dans un entourage musulman et, en même temps, j’ai été scolarisée dans une école chrétienne. Je me sens appartenir aux deux communautés, et cela m’a appris à accepter pleinement et mutuellement leurs ressemblances et leurs différences.

Bien que beaucoup de personnes soient ouvertes d’esprit, d’autres prétendent l’être. Mais il faut se rappeler que personne ne choisit sa religion à sa naissance : ma mère me répétait sans cesse cette phrase.

Je suis chanceuse d’avoir des parents modérés, qui ont mis à côté de mon lit l’Évangile et le Coran. Et ce qui est drôle, c’est que je fête toutes les occasions : Noël, Pâques, Ramadan et Adha !

Christelle A.

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Fayssal

Fayssal

Dépasser cette zone a été mon combat le plus ardu.

Les juifs croient être le peuple choisi, mais ils se trompent. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est bien à nous — les druzes — que revient ce privilège. En grandissant dans ce genre d’environnement, j’ai eu du mal, comme la majorité de mes coreligionnaires, à remettre en question certains fondamentaux.

Nous pouvons être ouverts d’esprit et nous entendre avec tout le monde, mais quand il s’agit de la question suprême — le mariage — ma communauté se referme. Il n’est pas question de se mélanger aux autres et de perdre ainsi cette pureté dont seuls les druzes jouissent.

Pour quelqu’un de l’extérieur, l’enfermement des druzes sur eux-mêmes peut paraître étonnant. Mais aujourd’hui, je suis certain que cette mentalité est présente dans toutes les communautés, même si elle s’exprime de façon variable.

Ce comportement n’est pas sans rappeler l’hypocrisie d’une bonne partie de la société libanaise par rapport à l’homosexualité. On prétend — par imitation des pays occidentaux — être compréhensif vis-à-vis de ce sujet. Mais au fond, on espère que jamais un fils, un frère ou un membre de la famille ne soit attiré par une personne du même sexe.

Grandir au Liban, c’est être confronté à des problématiques identitaires. Pour moi, une question illustre bien le malaise politique du pays : sommes-nous phéniciens ou arabes ?

Les chapitres précédents de ce livre montrent qu’il n’existe pas une identité nationale partagée au Liban. Chaque groupe y va de sa propre théorie. De plus, la question identitaire est tellement chargée d’émotions qu’il est difficile d’en débattre de manière apaisée. Accepter une version différente de celle de son groupe serait une forme de trahison envers sa famille, son entourage ou son milieu social.

Dépasser cette zone dans laquelle chaque groupe cherche à nous renfermer pour cultiver la crainte de l’autre a été mon combat le plus ardu. Personnellement, ça m’a coûté plus de dix ans de vie à l’étranger dans des pays laïcs où la citoyenneté a un vrai sens pour prendre suffisamment de recul, accepter de voir la réalité en face et me libérer.

J’espère qu’à travers ce livre ainsi que toutes les initiatives similaires, mes jeunes compatriotes n’auront pas besoin d’autant de temps, d’effort et de lutte pour trouver cette paix.

Fayssal N.

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Walid

Walid

En 1987, il fit une rencontre qui a changea sa vie à jamais.

L’histoire de mon père commence à Achrafieh, un quartier chrétien de Beyrouth. Son père, Abou Naji, y possédait un petit garage automobile et travaillait comme chauffeur de taxi. Alors qu’il partageait le même appartement avec ses deux frères, leurs femmes et leurs enfants, Abou Naji a tenu à éduquer ses trois fils et ses deux filles. Nos pères ont travaillé dur pour bâtir un étage pour chacune des familles et mettre leurs enfants dans l’enseignement privé — à l’école orthodoxe Notre Dame de l’annonciation.

A partir de 1975, pour fuir les hostilités de la guerre, la famille s’est mise à se déplacer entre Jounieh et Beyrouth, avant de s’installer à Faraya dans la haute montagne du Kesrouan. Pendant cette période, mon père a enchaîné les petits boulots : dans la construction, le transport, l’industrie… Après avoir essayé de partir aux États-Unis, et suite à un début de licence en maths, il a finit par obtenir un diplôme d’architecte de l’université libanaise.

En 1987, lors d’une sortie de camping à Jannit Qartaba, il fit une rencontre qui a changea sa vie à jamais.

Ma mère, elle, est originaire du sud du Liban. Sa famille — El-Gebara — est issue d’une maison princière du XIVe siècle. Fuyant l’instabilité du début de la guerre civile, ses parents ont dû quitter la ville de Sidon pour Marjeyoun — leur village ancestral — quand elle avait quinze ans. En 1978, alors qu’elle était en route pour passer un examen de pharmacie à l’université Saint-Joseph, la guerre des cent jours a éclaté, l’obligeant à s’abriter pendant deux semaines dans un refuge avec sa tante. En 1982, Israël a envahi le Liban pour combattre les Palestiniens et son armée a attaqué Marjeyoun.

Ils ont donc dû retourner à leur vieille demeure de Sidon. Mais celle-ci se situant sur la ligne de démarcation, ma mère me raconte que sa famille s’est alors retranchée vers le nord, dans la partie chrétienne de la ville. Les attaques étaient dévastatrices. « Cent vingt personnes moururent ce jour-là, sans que personne ne puisse les atteindre pour les enterrer. On pouvait sentir l’odeur poignante des cadavres. » Quand les Israéliens et les Palestiniens se sont retirés, sa famille a trouvé un lieutenant de l’armée qui a bien voulu les amener jusqu’à leur maison. Ils en ont pris un petit sac d’affaires et ont conduit pendant des heures en direction de Beyrouth. Ils ont habité chez une tante, puis un deuxième endroit, puis un troisième, un quatrième et un cinquième… jusqu’à ce qu’ils se soient installés à Antelias.

En 1987, en route vers un camping à Jannit Qartaba, elle rencontra mon père et sa vie changea à jamais.

Après leur mariage en 1992, mes parents se sont installés avec ma grand-mère à Antelias avant de déménager à Fanar. Mon père a continué de travailler ici et là : au Liban, en Arabie saoudite, à Dubai, au Nigeria… Il a fini par fonder son propre cabinet d’architectes et par acquérir sa demeure de rêve à Achrafieh.

Maintenant que j’ai emménagé en centre-ville, j’aime me réveiller le matin au son de la belle musique des oiseaux mélangée au klaxons des voitures. Je comprends désormais pourquoi mon père chérit tellement la ville. Ici, les rêves peuvent se réaliser. Et c’est d’ici, trente ans après cette sortie-camping, que je vous écris ces quelques lignes.

Walid H.

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Mazen

Mazen

J’ai appris à écouter, et à garder un esprit ouvert et neutre.

Mes parents ont fui la guerre civile dans les années quatre-vingt à la recherche d’un avenir meilleur. Ils se sont rencontrés à Toulouse pendant leurs études doctorales, se sont mariés et ont eu leurs premiers enfants avant de rentrer au pays à la fin des hostilités.

A mon arrivée au Liban, j’avais cinq ans et parlais uniquement français. J’ai résidé six ans à Tripoli dans ma famille maternelle d’origine syrienne, venue s’installer de longue date dans cette ville portuaire du nord du Liban.

De nos jours, la population de Tripoli est pauvre, offrant un terrain propice à la diffusion d’un islam sunnite radical. Le courant salafiste y est notamment répandu.

A onze ans, je suis parti habiter un quartier du centre de la capitale : pendant les années de guerre, Ras El-Nabeh se trouvait sur la ligne de démarcation entre Beyrouth-Est et Beyrouth-Ouest ; c’est à dire entre les parties chrétienne et musulmane de la ville. Cette zone a été complètement rasée et est restée inhabitée durant les longues années de conflit.

A Beyrouth où j’ai vécu sept ans, je me réveillais le dimanche matin à la musique des cloches des églises et me couchais avec la mélodie des appels à la prière des mosquées.

Ma famille paternelle est installée dans cette ville de la côte méditerranéenne depuis des siècles, mais ils sont également présents en Palestine et en Égypte. Nos attaches à Beyrouth sont fortes comme en témoigne l’une des avenues de la capitale qui porte notre nom : la rue Mohammad H. Ce grand cheikh estimé des Beyrouthins a joué un rôle éminent pendant les massacres de 1860 en protégeant et en abritant des chrétiens de la Montagne.

Mes parents nous ont inscrits à l’école française de Beyrouth dans le quartier d’Achrafieh. Ayant ma famille du côté musulman et mon école et mes amis du coté chrétien de la ville, j’observais les uns débattre d’islam, de nationalisme arabe, d’ennemi israélien et de cause palestinienne, et j’entendais les autres discuter de phéniciens, de nationalisme libanais, d’ennemis palestiniens et syriens, et de chrétiens d’Orient.

Etant au cœur de contradictions et de différences culturelles et politiques considérables, j’ai appris à écouter, à garder un esprit ouvert et neutre, et à ne ressentir d’appartenance à aucune des communautés.

Après quelques années passées en France, en Suède et en Allemagne, je vis actuellement à Toulouse et ne me considère ni complètement Libanais ni complètement Français, mais un mélange des deux. Avant tout, je me sens citoyen du monde.

Mazen H.

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Emilio

Emilio

Je suis fier d’être le dépositaire de ces deux héritages.

Ma famille trace ses origines au nord du Liban. A partir du IVe siècle, nos ancêtres épousèrent la foi chrétienne prêchée par Saint Abraham l’Hermite et par Saint Siméon le Stylite puis adhérèrent à l’Église maronite.

Ils s’établirent dans la région de Byblos et habitèrent sa haute montagne, vraisemblablement dès le Xe siècle. Au XVe siècle, sous la pression de représailles chiites en provenance de la Bekaa, nos pères quittèrent le village de Yanouh — perché à mille deux cents mètres d’altitude et surplombant la vallée du fleuve d’Adonis — pour s’installer à Hakel, près du rivage méditerranéen.

A la suite d’un différend qui les opposa à un clan guerrier turcoman soutenu par les Ottomans, nos aïeux abandonnèrent Hakel à la fin du XVIIIe siècle et vinrent s’implanter sur les hauteurs de Beyrouth, à Hadath et Borj El-Brajneh, où ils administrèrent des terres agricoles pour le compte des émirs Hassan puis Melhem Chehab. Depuis le Liban où notre famille demeure enracinée, les Dib essaimèrent vers les pays de la diaspora : des branches s’établirent au Brésil, au Canada, aux Etats-Unis et dans d’autres contrées.

Né à Beyrouth dans les années quatre-vingt, j’ai grandi dans le Liban de l’après guerre civile et fait mes études sur les bancs des frères des écoles chrétiennes, introduites au Levant à la fin du XIXe siècle par des missionnaires lassaliens français. C’est donc tout naturellement que je suis parti poursuivre mes études supérieures en France comme de nombreux Libanais de ma génération.

Dès l’atterrissage de mon avion à l’aéroport de Paris Charles-de-Gaulle, j’ai été accueilli par des sourires — probablement aidés par mon accent de l’époque. Je me suis rapidement senti intégré par la société française et n’ai jamais perçu la moindre discrimination à l’école, au bureau ou en ville : en plus d’une décennie en France, on ne m’a jamais arrêté et demandé de présenter une pièce d’identité.

Je vis et travaille à Marseille et j’y ai fondé une famille. La France est devenue pour moi une seconde patrie : je me sens autant Français que Libanais, et fier d’être le dépositaire de ces deux héritages.

Le français est ma langue de tous les jours, même si je m’adresse en libanais à mes parents et à mon fils, et me tiens informé des nouvelles du Proche-Orient en arabe. De par ma formation technique, l’anglais demeure pour moi un impératif professionnel ainsi que la langue de mes lectures.

Emilio El-Dib


Le Liban expliqué à mes proches, par Emilio El-Dib

Le Liban expliqué à mes proches, par Emilio El-Dib, raconte l’histoire du pays du cèdre en suivant ses peuples, leurs origines, leurs langues et leurs religions. Il aspire à donner des clefs de lecture — simples, sans qu’elles ne soient superficielles — pour mieux cerner ce fabuleux pays.

Ce livre est disponible sur Amazon partout au monde et vous pouvez le commander à votre librairie de quartier. Au Liban, vous le trouverez dans tous les Virgin Megastores et Librairies Antoine, ainsi qu'à la Librairie Orientale Achrafieh, et Gibran's Lebanon Byblos. Il est téléchargeable en version numérique sur Kindle, fnac Kobo, Apple iBooks et Google Play Books.

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